Fiscalité des droits de succession internationaux

12 septembre 2025

La mobilité accrue des familles, l’expatriation professionnelle, l’acquisition d’actifs à l’étranger ou encore les mariages mixtes placent de plus en plus de successions dans une dimension internationale. Or, dans ce contexte mondialisé, la question des droits de succession se heurte à une difficulté majeure : chaque État revendique son droit d’imposer.

Cette pluralité de systèmes fiscaux engendre un risque bien connu des praticiens : la double imposition successorale, qui peut significativement amputer la valeur transmise aux héritiers. Comprendre les règles applicables et anticiper leur articulation est donc une étape essentielle dans toute stratégie patrimoniale internationale.

L’enjeu est double : sécuriser la transmission d’un patrimoine transfrontalier et optimiser la charge fiscale dans le respect des conventions internationales et des droits locaux.

Comprendre le principe de la succession internationale

Une succession qui dépasse les frontières

Une succession prend une dimension internationale dès lors qu’elle comporte un élément d’extranéité. Cela peut résulter du lieu de résidence du défunt, de la nationalité des héritiers ou encore de la localisation des biens transmis. Dans un monde où les familles fortunées sont de plus en plus mobiles et diversifient leurs investissements à l’étranger, ce cas de figure est loin d’être exceptionnel.

Concrètement, plusieurs situations illustrent cette réalité. Un résident français qui possède un bien immobilier aux États-Unis, un expatrié installé à Londres mais dont les enfants vivent en France, ou encore un couple mixte dont l’un des conjoints est de nationalité étrangère : tous ces exemples déclenchent l’application de règles fiscales issues de plusieurs juridictions, avec un risque accru de conflit entre elles.

Les critères de rattachement retenus par les États

Chaque État revendique en effet son droit d’imposer selon ses propres critères de rattachement. Le plus fréquent est le domicile fiscal du défunt, qui entraîne une imposition mondiale des biens transmis. Certains pays retiennent également la nationalité, considérant que leurs ressortissants restent imposables, même après un long séjour à l’étranger. Enfin, la localisation des actifs, notamment immobiliers, constitue un critère incontournable : un bien situé en Espagne ou aux États-Unis sera toujours soumis à la fiscalité successorale locale, quel que soit le domicile de l’héritier ou du défunt.

À cette diversité fiscale s’ajoute une différence de fond entre systèmes juridiques. Dans les pays de droit civil, comme la France, l’Espagne ou l’Italie, la réserve héréditaire impose qu’une part du patrimoine revienne obligatoirement aux héritiers réservataires. À l’inverse, dans les pays de common law tels que le Royaume-Uni ou les États-Unis, la liberté testamentaire est beaucoup plus large, et des outils spécifiques comme le trust permettent de transmettre et protéger le patrimoine de manière très flexible. Ces divergences structurelles influencent directement le traitement fiscal et soulignent l’importance d’une analyse internationale approfondie.

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Le risque de double imposition successorale

Le principal risque des successions internationales réside dans la possibilité d’une double imposition. Ce risque survient lorsque deux États revendiquent simultanément le droit de taxer la même transmission, chacun selon ses propres critères de rattachement. L’héritier peut alors se retrouver à payer deux fois des droits de succession sur un même actif.

Prenons un exemple concret : un résident français possédant un bien immobilier aux États-Unis. Au décès, ce bien sera imposé localement par l’administration fiscale américaine, car il est situé sur son territoire. Parallèlement, la France, en raison du domicile fiscal du défunt, imposera également ce bien dans le calcul des droits de succession dus par les héritiers.

Les conséquences financières d’une telle situation peuvent être considérables, surtout en l’absence de mécanismes correcteurs. Sans anticipation, la charge fiscale peut amputer de manière significative la valeur du patrimoine transmis, mettant en péril les objectifs de transmission familiale.

III. Les conventions fiscales internationales en matière de succession

La multiplication des situations transfrontalières rend indispensable l’étude des conventions fiscales internationales. Leur objectif est d’éviter qu’un même patrimoine soit imposé deux fois au décès, en précisant quel État dispose du droit principal de taxation et dans quelles conditions l’autre peut intervenir.

Malheureusement, ces conventions sont peu nombreuses. La France n’en a signé qu’une trentaine dans le domaine des successions, ce qui reste marginal au regard du nombre de conventions fiscales en matière de revenus. Lorsqu’une convention existe, elle constitue toutefois un outil précieux pour déterminer la répartition de la compétence fiscale entre États. Prenons le cas de figure de l’Italie, la Belgique, l’Espagne et les États-Unis.

Pays

Base d'imposition

Barème et abattements

Particularités

France

Domicile fiscal = imposition mondiale ; biens situés en France imposés (situs)

Barème progressif selon le lien de parenté (jusqu’à ~60% pour héritiers éloignés). Conjoint/PACS exonérés ; abattement de 100 000 € par enfant.

Conventions successorales limitées ; mécanismes de crédit d’impôt possibles.

Italie

Domicile du défunt (imposition mondiale) + biens situés en Italie

Taux de 3 à 8 % selon le lien de parenté. Ex. : 4 % pour conjoints/enfants avec abattement de 1 M€ chacun.

Règles protectrices pour les proches (réserve) ; application technique selon actifs.

Belgique

Compétence liée à la résidence — règles régionales (Flandre, Wallonie, Bruxelles)

Barèmes progressifs régionaux : environ 3 % à 30 % pour conjoints/enfants. Abattements variables selon la région.

Grande variabilité régionale ; réformes fréquentes — attention au lieu de résidence.

Espagne

Résidents : patrimoine mondial ; non-résidents : biens situés en Espagne

Barème progressif national (~7 à 34 %). Réductions et abattements très variables selon la communauté autonome.

Fiscalité très régionalisée ; grande disparité entre communautés.

États-Unis

Domicile ou citoyenneté (compétence mondiale) ; non-résidents imposés sur biens US (situs)

Exonération fédérale ≈ 13 M$ par personne (selon année). Taux marginal jusqu’à 40 %. Déduction illimitée pour conjoint citoyen.

Complexité due à l’addition des taxes fédérales et parfois étatiques ; planification via trusts, QDOT pour époux non-citoyens.

La fiscalité successorale en France

En France, la fiscalité des droits de succession repose principalement sur le domicile fiscal du défunt. Lorsqu’il est considéré comme résident français, l’ensemble du patrimoine mondial est imposable en France, en plus des biens situés sur le territoire national. Les taux varient en fonction du lien de parenté avec le défunt, avec un barème progressif qui peut atteindre jusqu’à 60 % pour les héritiers éloignés ou sans lien de parenté direct.
Le système français prévoit toutefois des exonérations et abattements significatifs, comme l’exonération totale du conjoint ou partenaire de PACS et un abattement de 100 000 € par enfant. Les conventions fiscales signées par la France avec certains États permettent, dans des cas limités, de réduire le risque de double imposition, notamment via des mécanismes de crédit d’impôt.

La fiscalité successorale en Italie

L’Italie applique une logique similaire à celle de la France, avec une imposition mondiale pour les résidents et une taxation des seuls biens situés en Italie pour les non-résidents. Son barème est réputé plus favorable, avec des taux compris entre 3 % et 8 % selon le lien de parenté. Le conjoint et les enfants bénéficient d’un taux réduit de 4 % et d’un abattement particulièrement avantageux de 1 million d’euros chacun, ce qui rend la fiscalité successorale italienne relativement attractive.
La législation italienne prévoit également une protection des héritiers réservataires, conformément au droit civil. Cela limite la liberté de disposer intégralement de son patrimoine, mais garantit une transmission familiale sécurisée.

La fiscalité successorale en Belgique

La Belgique se distingue par un système régionalisé : la compétence fiscale relève des Régions (Flandre, Wallonie, Bruxelles). Le barème est progressif et varie selon la région, mais il reste globalement compris entre 3 % et 30 % pour les conjoints et enfants, avec des taux plus élevés pour les héritiers éloignés.
Chaque région fixe ses propres exonérations et abattements, ce qui entraîne une forte hétérogénéité. Par exemple, certaines mesures d’exonération favorisent la transmission d’entreprises familiales pour encourager la continuité économique. En pratique, la fiscalité successorale belge nécessite une analyse approfondie du lieu de résidence exact du défunt et des règles locales, tant les écarts peuvent être significatifs.

La fiscalité successorale en Espagne

En Espagne, les règles diffèrent selon que le défunt était résident ou non-résident. Les résidents sont imposés sur leur patrimoine mondial, tandis que les non-résidents ne sont taxés que sur leurs biens situés en Espagne. Le barème national est progressif, oscillant entre 7 % et 34 %, mais chaque communauté autonome dispose d’une large autonomie fiscale.
Ainsi, certaines régions comme Madrid appliquent des réductions très importantes, qui peuvent alléger considérablement la charge fiscale pour les héritiers. Cette dimension territoriale rend la fiscalité espagnole à la fois complexe et intéressante, puisque le lieu de résidence du défunt (et parfois celui de l’héritier) influence directement le montant des droits de succession dus.

La fiscalité successorale aux États-Unis

Le régime américain est dominé par l’estate tax fédérale, qui s’applique au patrimoine mondial des citoyens et résidents américains. Les non-résidents, quant à eux, ne sont imposés que sur leurs biens situés aux États-Unis. L’exonération fédérale est très élevée — environ 13 millions de dollars par personne — mais au-delà, les taux grimpent jusqu’à 40 %.
Le conjoint survivant bénéficie d’une déduction illimitée (marital deduction), mais uniquement si celui-ci est citoyen américain. Pour un conjoint étranger, des mécanismes spécifiques comme le QDOT (Qualified Domestic Trust) sont nécessaires afin de préserver cette neutralité fiscale. À cela s’ajoutent les taxes éventuelles au niveau des États, certains appliquant leur propre droit de succession en complément du système fédéral. La fiscalité successorale américaine, très technique, exige donc une planification patrimoniale minutieuse, notamment pour les familles franco-américaines.

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La fiscalité des successions en France appliquée aux situations internationales

La France applique une fiscalité successorale particulièrement étendue, qui touche aussi bien les résidents que les non-résidents. Lorsqu’une succession comporte un élément international, la législation française définit avec précision l’étendue de son droit d’imposer.

Résidents fiscaux en France

Lorsqu’un défunt est domicilié fiscalement en France au moment du décès, l’administration considère que la succession est imposable en France sur l’ensemble du patrimoine mondial. Cela signifie que les héritiers doivent déclarer et acquitter les droits de succession non seulement sur les biens situés en France, mais également sur les actifs détenus à l’étranger. Cette règle s’applique indépendamment de la localisation des héritiers ou des biens, sauf en présence d’une convention fiscale qui en limite la portée.

Héritiers domiciliés en France

La France impose également les héritiers résidents fiscaux français, même lorsque le défunt est domicilié à l’étranger. Dans ce cas, la taxation porte sur l’ensemble des biens reçus, qu’ils soient situés en France ou à l’étranger. Un mécanisme de crédit d’impôt est prévu pour éviter une double imposition trop lourde, notamment lorsqu’un autre État a déjà prélevé des droits. Ce mécanisme ne supprime pas toujours totalement la double charge, mais il en limite l’impact.

Non-résidents et biens situés en France

Un défunt non-résident, n’ayant aucun lien fiscal avec la France, laisse en principe sa succession imposable uniquement dans son État de résidence. Toutefois, la France conserve son droit d’imposer tous les biens situés sur son territoire, notamment les immeubles, les titres de sociétés françaises ou certains comptes bancaires. Les héritiers doivent alors déposer une déclaration spécifique en France, même s’ils ne résident pas sur le territoire.

Stratégies d’optimisation patrimoniale internationale

Face à la complexité des droits de succession internationaux, la clé réside dans une anticipation rigoureuse. Une stratégie bien conçue permet non seulement de réduire la charge fiscale, mais aussi de sécuriser juridiquement la transmission du patrimoine.

Anticiper par une planification successorale internationale

La première étape consiste à établir une vision claire de la situation familiale et patrimoniale. Rédiger un testament adapté aux différentes juridictions concernées, mettre en place un pacte successoral ou encore organiser la détention des biens via des structures juridiques appropriées sont autant de solutions qui permettent d’éviter les conflits de lois. Cette planification doit tenir compte à la fois des règles civiles (réserve héréditaire, liberté testamentaire) et des règles fiscales (critères d’imposition, abattements disponibles).

Utiliser les enveloppes patrimoniales adaptées

Certains outils se révèlent particulièrement efficaces pour optimiser la fiscalité successorale internationale. L’assurance-vie luxembourgeoise en est l’exemple le plus connu : sa neutralité fiscale, sa portabilité et la protection renforcée des avoirs en font un véhicule privilégié pour les familles transfrontalières. Le démembrement de propriété, à travers la répartition entre usufruit et nue-propriété, peut également permettre de réduire l’assiette taxable. Enfin, dans certains pays de common law, la mise en place de trusts ou de fiducies permet de transmettre tout en gardant un contrôle ou une protection sur les biens transmis.

S’appuyer sur des structures sociétaires

La constitution de sociétés holdings, qu’elles soient de droit français ou étranger, peut contribuer à une transmission plus fluide, notamment pour les patrimoines professionnels ou immobiliers. Bien utilisées, ces structures permettent de centraliser la détention des actifs, de faciliter la transmission par donations successives et de profiter de régimes fiscaux plus favorables dans certaines juridictions.

Le rôle indispensable des experts

Enfin, aucune stratégie de transmission internationale ne peut être efficace sans un accompagnement spécialisé. Les notaires internationaux, les avocats fiscalistes et les conseillers en gestion de patrimoine jouent un rôle déterminant pour analyser chaque situation, identifier les conventions applicables et concevoir un schéma patrimonial sur mesure. Cette expertise est indispensable pour éviter les écueils et garantir la pérennité de la transmission.

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Aurélien Guichard

Aurélien Guichard

FONDATEUR, DIRECTEUR ASSOCIÉ

Depuis plus de 20 ans, Aurélien Guichard a développé une expertise en gestion privée et gestion de fortune. Diplômé d’un Master in international Business, membre de la Chambre Nationale des Conseils en Gestion de Patrimoine (CNCGP), il anime le développement du groupe Agora finance Gestion Privée qu’il a fondé en 2007.

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